Le plomb est une neurotoxine développementale dangereuse capable d’interrompre le développement du cerveau et d’en altérer le bon fonctionnement. Les États-Unis considèrent les maisons construites avant 1950 comme les plus importantes sources d’empoisonnement des enfants par le plomb (AAP, 2005; CDC, 2005). Les organismes américains œuvrent ardemment depuis plus de deux décennies pour éliminer ce problème de santé. En comparaison, le Canada n’a pris que très peu d’initiatives pour relever ce défi. On connaît en effet très mal l’étendue du problème de l’empoisonnement des enfants par le plomb au Canada. Les lacunes dans notre compréhension de ce problème comprennent le manque d’enquêtes récentes sur la présence de plomb dans le sang des enfants, et l’absence de données fiables permettant d’établir les périodes de construction de maisons posant le plus grand danger (CEC, 2006; Tsekrekos & Buka, 2005; OPHA, 2004).
L’empoisonnement par le plomb a des effets subtils mais graves chez les enfants. Il fait aussi peser un énorme fardeau économique sur la société, causant des milliards de dollars de dommages en réduction de QI, en perte de productivité financière, en besoins d’enseignement spécial, et en dispositions de justice pénale (Davies, 2005; Korfmacher, 2003; Muir & Zegarac, 2001). Il est probable que les enfants canadiens de moins de 6 ans vivant dans des maisons anciennes (antérieures aux années soixante) sont en train d’être empoisonnés par exposition aux sources domestiques de plomb comme la poussière, la peinture, et le sol. Aucun mécanisme n’est en place qui pourrait repérer ces enfants, car, au Canada, seules les villes de fonderie disposent de programmes de surveillance. Le Canada, les provinces, et les ministères provinciaux et territoriaux de la santé peuvent commencer à traiter cet important problème de santé en s’appuyant sur le vaste corpus de connaissances et d’expertise issues de l’expérience américaine.
On recommande de prendre les initiatives suivantes: Identifier l’étendue du problème par une étude nationale des habitations canadiennes afin d’établir la période de construction des habitations contenant du plomb ;
- Créer un groupe de travail national permettant d’étudier cette question de manière plus détaillée;
- Élaborer une législation protégeant la population comme une loi stipulant de divulguer le contenu en plomb;
- Élaborer des normes sanitaires nationales relatives à la poussière de plomb et au plomb dans le sol des habitations à vocation résidentielle;
- Former et sensibiliser le public et les professionnels;
- Élaborer des programmes de certification et de formation obligatoires pour les corps de métier qui prôneraient des pratiques professionnelles écartant toute contamination par le plomb.
- Établir des programmes de repérage des enfants empoisonnés par le plomb et d’intervention précoce auprès de ces enfants ;
- Financer des études-pilotes dans des collectivités à «haut risque» pour élaborer des lignes directrices de pratiques exemplaires.
Cette proposition permettra de soutenir résolument les familles canadiennes en éliminant un important poison d’enfants.